La prise de Longpré et les exactions

lundi 3 juillet 2006
par Bailly Eric

La prise de Longpré et les exactions La guerre de 1870 - 1871

La guerre Franco-Allemande (19 juillet 1870 - 10 mai 1871) opposa le Second Empire Français et les royaumes Allemands unis derrière le royaume de Prusse (aussi est-elle parfois appelée guerre Franco-prussienne).
Le conflit marqua le point culminant de la tension entre les deux puissances, résultant de la volonté prussienne de dominer toute l'Allemagne, qui n'était alors qu'une fédération lâche d'États
quasi-indépendants. La défaite entraîna la chute de l'Empire Français.

La guerre empoisonna les relations franco-allemandes durant les décennies suivantes, contribuant
aux rivalités Européennes qui devaient déboucher sur la Première Guerre mondiale. Le fort désir Français de revanche - pour la perte de l'Alsace-Lorraine - donna son nom au phénomène du revanchisme, le désir de punir l'ennemi passé et de regagner les anciens territoires.

En décembre 1870 et janvier 1871 :
Le 7 novembre, le général prussien décide d'attaquer Amiens, qu'il rejoint par l'est et le sud. En face de lui les troupes de l'armée du Nord. Le 27 novembre, les Français sont battus à Villers-Bretonneux, Boves est évacué, l'armée du nord bat en retraite vers Arras abandonnant Amiens à l'ennemi qui y fait son entrée le 28 novembre.
À Hallencourt, le 2 décembre, dans la matinée, l'armée allemande s'empare de 45 fusils à percussion formant l'armement de la compagnie de sapeurs pompiers. Il s'agit de soldats arrivés la veille à Longpré, dont un petit groupe partit pour réquisitionner des armes dans les communes de Wanel, Sorel et Hallencourt. Ils ont de plus réquisitionné trois voitures, deux pour porter du fourrage et de l'avoine, la dernière pour porter les fusils enlevés. Ces armes furent brisées et jetées à l'eau à Condé Folie.
Décembre 1870 et janvier 1871 voient les combats se dérouler à l'est d'Amiens (Pont Noyelle, Bapaume, Péronne, Saint Quentin) Cet hiver fut redoutable, le thermomètre était descendu à -20°, la Somme était gelée.
Le 28 janvier 1871, Paris capitule. La Somme fait partie de la zone d'occupation militaire établie pour garantir le paiement de la contribution de guerre imposée par l'Allemagne à la France.

Uhlan, coiffé de la Schapska
(dessin de M. Pallandier, 1900)

La journée du 1er décembre :
De « Journal d'un provincial pendant la guerre » Abbeville 1870-1871. Par Ernest PRAROND
Je dois à l'obligeance de M. Souverain, maire de Longpré, les détails suivants qu'il m'a envoyés dans le courant de 1871.
« Le 1er décembre, sur les deux heures de relevée, arrivèrent dans la commune de Longpré quelques uhlans qui me requirent immédiatement de les accompagner jusqu'à la station où ils brisèrent le télégraphe et coupèrent tous les fils. Un instant après toute leur suite était à Longpré; elle se composait de cent trente uhlans et de neuf cents fantassins, en tout 1.030 hommes. La première réquisition faite comprenait quatre vaches, quatre porcs, cent pains, cent cinquante bottes de foin, cent cinquante bottes de paille, et quarante quintaux d'avoine. Tout cela devait être remis de suite à la Mairie. Vous verrez par la copie de cette réquisition quelle menace était lancée contre Longpré. - Sans attendre les billets de logement que je me suis hâté de faire préparer, ils se sont logés eux-mêmes par groupes plus ou moins importants dans des maisons choisies par eux. Il s'en trouvait jusqu'à dix dans des maisons de pauvres ouvriers qui, assurément, n'avaient rien à leur donner. Ils n'ont pas manqué, dès leur arrivée, de s'enquérir s'il y avait des francs-tireurs à Longpré ou dans les environs. Des soldats prussiens désignaient par leurs noms des habitants de Longpré et prononçaient le nom des rues.
Tenaient-ils ces renseignements de leurs espions ou de mauvais français ? A peine furent-ils installés que des sentinelles furent placées par eux aux extrémités des rues.
« Le lendemain, 2 Décembre, sur les sept heures du matin, ils se sont réunit sur la place et, là, nous avons été témoins d'un fait qui, selon moi, caractérise toute la puissance du chef sur le simple soldat.
Un chef prend un soldat par l'épaule et le jette violemment par terre, puis lui administre force coups de pied et de poing. Le soldat se relève et il subit deux fois encore les mêmes traitements. A la fin, il reste sans mouvement. Un de leurs médecins s'assure de sa situation : et à la parole d'un nouveau chef, il se relève de nouveau, puis, aidé de quelques camarades, il se remet en rang.
« Sur les huit heures du matin une nouvelle réquisition m'est adressée de vive voix. Je m'y soumets en envoyant cinquante ouvriers de Longpré qui ont travaillé à la démolition d'un pont de chemin de fer placé sur la rivière l'Eauette. Cette démolition n'allant pas assez vite, suivant eux, on a dû arracher les clôtures du chemin, les placer sous les poutres du pont et y mettre le feu.
« Au moment de leur départ, un d'entre eux s'est assuré par lui-même de la destruction complète du « Je ne vous dirai pas que, dans l'avant- midi, deux groupes de soldats sont partis, l'un pour Abbeville, l'autre pour réquisitionner à Wanel, à Sorel et à Hallencourt, et s'emparer de toutes les armes qu'ils ont trouvées dans ces communes. Ces armes ont été brisées ou jetées dans l'eau « Enfin une troisième réquisition m'est de nouveau adressée. Il s'agissait de fournir à cette troupe
3.000 cigares, 40 livres de tabac et 200 litres d'eau-de-vie. Le tout devait être livré avant une heure de l'après-midi. Nous nous sommes exécutés à l'instant, mais comme il nous était matériellement impossible de fournir la quantité demandée de cigares et de tabac, ils nous ont paru s'en contenter. « De une à deux heures après-midi, un courrier est venu à toute vitesse leur apporter une dépêche, et les préparatifs de départ ont été aussitôt commencés et bientôt terminés. A la nouvelle de ce départ précipité (ils avaient déclaré ne devoir partir que le lendemain) toutes les figures prirent un caractère assez sombre; quelques-uns d'entre eux disaient : Vous, Français, grande victoire à Paris. Ils partirent donc. L'infanterie d'abord et la cavalerie ensuite avec les quelques voitures contenant de l'avoine et M. Souverain a bien voulu enfin me fournir quelques détails sur les gentillesses prussiennes pendant le séjour des envahisseurs dans Longpré.
« Chez le sieur Destalminil, cafetier et capitaine de la garde nationale, de sérieuses difficu1tés sont
survenues entre lui et les douze ou les quinze soldats qui se sont imposés chez lui. L'un des chefs, appelé, a donné tort au sieur Destaminil qui a dû sortir de sa maison et n'y point rentrer pendant leur séjour à Longpré. S'ils ont renoncé à brûler sa maison, ils ont déclaré qu'ils la démoliraient à coups de pioche. Leur départ précipité ne leur a sans doute pas permis d'exécuter leur dessein.
« Le sieur Moy (François), cafetier, a vu se dérouler sous ses yeux des actes véritablement révoltants.
Les soldats allaient à sa cave, prenaient et gaspillaient sa boisson. Ils l'ont même menacé. Appelé à dix heures du soir par le sieur Moy, j'ai été l'objet de mauvais traitements de la part de ces gueux qui « Chez un autre cafetier, Warmel, ils ont volé deux pièces d'eau-de-vie dont l'une contenait 125 litres, (l'autre plus petite.) Quelques soldats l'occupaient dans sa maison pendant que d'autres pénétraient « Au sieur Lourdel, boulanger, qui en conduisait dans sa voiture quelques-uns à Picquigny, ils ont pris une montre d'or. Ils en ont même volé plusieurs autres dans Longpré. Je ne finirais pas si je devais vous raconter tout ce qu'ils ont fait de semblable dans la commune. C'est le brigandage méthodiquement pratiqué. »

Si les habitants défendaient leur ville, les allemands maltraitaient les habitants
(L'Illustration de 1871, dessin de F. Lix)


L'affaire de Longpré - 28 décembre 1870

Bibliographie-Journal d'un provincial pendant la guerre. Abbeville 1870-1871 Ernest PRAROND 1874, 544 pages - La Somme pendant la campagne 1870-1871 H. DAUSSY 1875,359 pages
L'Affaire de Longpré : 28 décembre 1870 Auteur inconnu 1872, 164 pages


Résumé des combats
Combat entre les forces prussiennes évaluées à 2400 hommes (source française), 900 (source
allemande). D'une part le Lieutenant Colonel Von Pestel avec 3 compagnies du 70e comme infanterie et 3 escadrons du 7e Régiment de Lanciers comme cavalerie, d'autre part la 6e compagnie du 4e bataillon des mobiles du Pas-de-calais, la 1e, la 2e , la 7e compagnies du 2e bataillon de la 6e légion mobilisée du Nord, 600 hommes (source française) 1300 (source allemande) de l'autre côté.
Les Prussiens sont établis à Picquigny. Les avants postes français sont cantonnés à Longpré.
La prise d'Amiens a eu lieu le 28 novembre 1870.
Les 3 compagnies du 2e bataillon de la 6e légion mobilisée du Nord sont sous les ordres du Commandant BROUTIN (environ 500 hommes). 1e compagnie : Capitaine MORTAIGNE. 2e compagnie : Capitaine BIDENT. 7e compagnie : Capitaine SPRIET Eugène.
La 6e compagnie du 4e bataillon de mobiles du Pas-de-Calais en l'absence du Capitaine AMBIEHL, est commandée par le Lieutenant BLOCQUEL.
Les mobilisés sont armés du fusil à piston modèle 1842. Ils n'ont pas une confiance assurée dans leur arme ; l'habitude, la discipline, l'esprit militaire leur font complètement défaut. Les Mobiles sont armés de fusils Sniders-Albini-Wilson, peu de Chassepot.
Le 24 décembre ils partent en reconnaissance jusqu'à l'abbaye du Gard et provoquent l'arrivée des uhlans à Longpré le 28.
Les combats se déroulent dans la neige de 1 heure à 3 heures de l'après-midi.
Le château est pris, une grande résistance est maintenue à l'angle de la rue du château et de la cavée Vincent, on se bat dans le cimetière situé autour de la Collégiale.
Sont tués les gardes nationaux mobilisés du Nord : Delval Baptiste, Piquet, Saintolie et les gardes mobiles du 4e bataillon du Pas-de-Calais : Houssart Caporal, Carpentier Charles, Degourges Louis, Dubois Henry et Dufour Zéphir.
Le Mobile ou Garde BLONDIAU est massacré au Café Français, dans la maison de François MOY, maréchal et cafetier.
Deux civils sont égorgés : une femme du village, Clémentine MIANNAY, défendant son mari avec une fourche et un berger, et Constant DULIN.
Deux civils sont tués : Jean PILVOIX, un boulanger et Achille GABRY, 23 ans, dans la maison au-dessus du Café Français, rue des cloîtres. Jean Baptiste MOY est grièvement blessé.
Des huttiers au nombre de 12 participent au combat et sont considérés comme Francs tireurs.
Dans la neige, 150 prisonniers et 22 habitants du village pris en otages, sont emmenés à Airaines.
Commandant De PERETTI DELLA ROCCA : ”Je dois rendre hommage au patriotisme des habitants de Longpré, qui se montrèrent de vrais Français. Honneur à eux.”
Télégramme allemand (dépêche) envoyé d'Albert : ”Le 28, le Colonel PESTEL, des uhlans, avec une colonne volante de 3 compagnies et 3 escadrons, a battu près de Longpré, 3 bataillons de gardes mobiles : il leur a pris 3 drapeaux (ceux de la Mairie, des pompiers et d'une ambulance), 10 officiers et 230 hommes. De notre côté il y a eu 6 hommes blesses.”

Fusil Chassepot, utilisé en 1870

Récit de la journée par M. Souverain, maire de Longpré :
« Je venais de donner ordre à un employé de la commune de Longpré de se rendre à Condé-Folie pour y recueillir quelques renseignements sur la marche des Prussiens, lorsqu'un habitant de la commune accourt et m'informe de la présence de quelques cavaliers ennemis sur le plateau qui relie Longpré à Hallencourt et qui est à l'Ouest de Longpré.
« A l'instant même, des soldats se réunissent et se mettent en marche de ce côté. De nouvelles informations viennent presque aussitôt nous apprendre qu'une colonne prussienne, dont on ne peut fixer l'importance, est à peu de distance du château. En ce moment l'alarme est donnée par le son des cloches dans toute la commune, et les soldats, les chefs en tête, de se porter immédiatement à la rencontre des ennemis qui se trouvent déjà au château. Les Prussiens descendent, les uns par la rue, les autres par les jardins, c'est alors que nos jeunes soldats les reçoivent avec une très vive fusillade.Ils répondent par un feu de peloton des plus vigoureux. Comme ils s'étaient placés les premiers et qu'ils avaient pour eux l'avantage de la situation, nos hommes ont dû se borner tout simplement à les empêcher d'avancer. Les mobiles se sont généralement conduits avec beaucoup de courage. Les uns postés à des coins de rue, d'autres dans des greniers, d'autres enfin, profitant de tout abri quelconque, ont dû faire bien des vides dans les rangs ennemis.
« Les Prussiens, se sachant en force, descendent cependant dans la commune, explorant tous les coins et recoins des habitations, pourchassant devant eux les hommes qu'ils trouvent rassemblés. C'est ainsi que, dans une de nos rues, ils se vengent des pertes subies par eux en tuant deux malheureux pères de famille et en blessant grièvement un jeune homme. Un boulanger, s'occupant à son travail habituel, est contraint de sortir de son établissement et reçoit, à une cinquantaine de pas, plusieurs coups de feu. Une femme qui veut défendre son mari contre ces barbares est traversée de part en part d'une balle reçue à la poitrine. Ils ont tué ainsi trois civils et en ont blessé deux. Le second blessé souffre encore des suites du coup de feu qu'il reçut à la cuisse, dans sa maison. On croit qu'il ne guérira jamais.
« Nos jeunes soldats, peut-être un peu trop abandonnés à leurs inspirations et manquant d'expérience, se sont laissé faire prisonniers en différents endroits; mais la majeure partie s'est repliée, comme elle devait le faire, dans la direction d'Abbeville.
« Le compte de nos pertes en soldat ne prouve pas l'adresse de nos ennemis. Nous avons eu à déplorer la mort de sept soldats. Encore parmi ces hommes se trouvent compris : 1° deux soldats lâchement tués dans un mauvais bâtiment où ils se cachaient ; 2° un autre surpris dans un jardin ; 3° deux autres dans des prairies, alors que ces jeunes gens se rendaient et demandaient qu'on les épargnât. « Le combat fini, des soldats ennemis sont entrés dans un café sur la place où se trouvaient quelques blessés; et là, à bout portant, l'un d'eux a déchargé son arme sur l'un de ces malheureux. Ils ont même emmené pour quelques instants le médecin prisonnier et lui ont pris une somme de 400 fr.
« Un chef prussien, à cheval, mis en joue par huit mobiles, s'efforce de leur faire comprendre qu'il se rend; il recule quelque peu lentement, et revient, avec ses soldats, faire prisonniers les trop généreux enfants.
« J'oubliais de vous dire que, pendant l'attaque de Longpré par l'Ouest, une colonne de quatre à cinq cents hommes devait entrer par le Sud-Est.
« Les forces ennemies peuvent être évaluées de deux à trois mille hommes. Leurs pertes, dans ce combat, sont, d'après quelques-uns, portées à plus de soixante-dix hommes.
« Ils se sont retirés sur les quatre heures du soir dans la direction d'Airaines où ils ont passé la nuit, emmenant avec eux 244 prisonniers et 22 civils de Longpré, qu'ils qualifiaient de francs-tireurs. Ils ont placé ces vingt-deux innocents dans un champs labouré, à quinze pas de distance, et ils les effrayaient en leur disant : « Vous, mauvais Français, capout. » Ces vingt-deux habitants ont passé la nuit avec les soldats prisonniers dans l'église d'Airaines, mais grâce à la bienveillante intercession de M. le Curé et de M. le Maire de cette ville, ils ont été mis en liberté le lendemain matin, 29.
« Les Prussiens ont, à Longpré, brisé deux portes à la Mairie, enlevé tous les drapeaux et pris sept ou huit pantalons de pompiers. Ils ont aussi enfoncé plusieurs portes à des maisons particulières. »

(dessin de A. Denis 1872)

L'enfermement dans l'église d'Airaines
D'après Le Dimanche n°2 de Corblet, le récit suivant extrait du livre l'affaire de Longpré. « Les mobiles et les mobilisés du Pas de Calais, faits prisonniers à Longpré, ainsi qu'un certain nombre d'habitants du village furent enfermés la nuit du 28 au 29 décembre 1870, dans l'église d'Airaines. Le curé de cette paroisse, M. l'abbé Louis Barthélémy Zéphyrin Roussel, parvint à force d'énergie, à sauver de l'exil les 22 habitants de Longpré. Voici, à ce sujet, des détails circonstanciés Si longue et si rude que fut la nuit, elle s'écoula pourtant. Avant six heures du matin, une dame pleine de coeur et de dévouement, la directrice des postes, ou plutôt Madame K., sa mère venait annoncer qu'elle allait parcourir tout son quartier pour faire préparer à déjeuner aux prisonniers, et qu'elle comptait bien trouver vite et abondamment de quoi les restaurer et les réconforter avant leur départ...
Mais la plus grande difficulté n'était pas là, c'était de savoir enfin quel serait le sort des gens de Longpré. M. le curé retourna chez le colonel. Il le trouva à peine levé et lui adressa d'abord diverses demandes, comme de bien vouloir faire transporter en voiture un certain nombre d'hommes, incapables de faire à pied les 28km d'étape qui séparent Airaines d'Amiens ... ce qui fut immédiatement accordé. Il s'agissait aussi d'obtenir l'élargissement des six éclaireurs d'Allery, qu'une nuit de prison avait suffisamment punis de leur curiosité : le colonel réserva de ne les relâcher qu'au moment du départ. « Et les hommes de Longpré, colonel, reprit son interlocuteur, c'est pour eux surtout que je me présente encore à vous, au risque de vous importuner ; c'est eux surtout que je vous prie de me rendre... c'était la même fin de non recevoir que la veille, et le colonel en s'interrompant plusieurs fois pour donner des ordres pendant cet entretien, montrait encore que le temps lui faisait défaut. Il fallut retourner à l'église ; à peine était-il permis de compter sur une suprême tentative qu'on pourrait peut-être faire au dernier moment.
L'heure du départ était venue. La rue qui précède l'église était encombrée de uhlans ; l'infanterie s'alignait derrière eux. Les prisonniers étaient rangés en colonne au milieu de leurs gardiens... En apercevant M. le curé, le colonel lui fit un salut de loin et continua de s'avancer lentement pour prendre la tête de sa troupe. C'était le moment. Faisant un pas en avant des prisonniers au milieu desquels il se trouvait, M. le curé s'arrêta devant lui et : Colonel, dit-il, vous avez promis de nous
rendre vos prisonniers d'Allery : je vous demande la permission de les prendre. Eh bien, répondit le colonel, où sont-ils ? Quatre hommes se détachèrent du groupe où ils étaient avec les autres. Mais, reprit-il, ils étaient six : et les deux autres ? Les deux autres s'étaient évadés à la sortie de l'église. Il y eut une demi-seconde de profond silence. Oh ! Les deux autres se trouvent là, se hâta de répondre le curé en faisant un geste dans la direction du cimetière, et s'adressant aux quatre hommes : Filez vite, vous autres, après avoir remercié le colonel qui veut bien vous relâcher. Ils ne se le firent pas dire deux fois.
L'un des deux évadés raconta plus tard qu'il n'avait pas fait cent pas en fuyant qu'il entendit un appel de trompettes. Il s'imagina que toute la cavalerie prussienne était à ses trousses, et, sans plus tarder, courut d'une haleine jusqu'à Allery, où il arriva à demi mort de frayeur et de suffocation.
M. le curé continuait de tenir en échec le colonel qu'il empêchait résolument de passer outre...C'est à votre justice que je m'adresse, et je ne fais pas moins appel à votre générosité : plus vous m'accorderez, et plus vous aurez de mérite à vos propres yeux et aux nôtres. J'ajoute qu'il y a parmi ces hommes des pères de famille, ils le sont tous ou presque tous, et qu'en les frappant, vous frapperiez plus encore les femmes, les enfants, de vieux parents, dont ils sont l'indispensable secours. Colonel, vous serez juste, miséricordieux : vous me les rendrez tous, et c'est une prière que je vous adresse.... Le colonel resta dix secondes sans répondre ; enfin : Eh bien, dit-il, M. le curé, je ne puis vous résister, prenez-les. Ce fut un long cri dans la foule : ils sont délivrés ! Ils sont délivrés !
Nos mobiles et nos mobilisés étaient alignés entre les chevaux de la cavalerie prussienne ; la colonne se mit en marche au signal du départ. Pour eux commençait le long voyage de l'exil et de la captivité : il dura dix jours et dix nuits. »
Le 3 janvier le sous préfet écrit au maire de Longpré : « Faites publier et afficher avis suivant : « par ordre de l'autorité militaire, les habitants sont requis de porter à la mairie, dans le délai de 24 heures, tous les effets militaires, armes, munitions qui ont été laissés par mobiles et mobilisés à Longpré.
Passé ce délai, ceux qui seraient trouvés détenteurs des dits objets seraient poursuivis conformément aux lois militaires »


 


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